ルノー – Hexagone (1975)  ビデオ・歌詞

「Hexagone 」の歌詞
Renaud

  1   Ils s’embrassent au mois de Janvier,
  2   Car une nouvelle année commence,
  3   Mais depuis des éternités
  4   L’a pas tell’ment changé la France.
  5   Passent les jours et les semaines,
  6   Y a qu’le décor qui évolue,
  7   La mentalité est la même:
  8   Tous des tocards, tous des faux culs.

  9   Ils sont pas lourds, en février,
 10   À se souvenir de Charonne,
 11   Des matraqueurs assermentés
 12   Qui fignolèrent leur besogne,
 13   La France est un pays de flics,
 14   À tous les coins d’ rue y’en a 100,
 15   Pour faire règner l’ordre public
 16   Ils assassinent impunément.

 17   Quand on exécute au mois d’ mars,
 18   De l’autr’ côté des Pyrénées,
 19   Un arnachiste du Pays basque,
 20   Pour lui apprendre à s’ révolter,
 21   Ils crient, ils pleurent et ils s’indignent
 22   De cette immonde mise à mort,
 23   Mais ils oublient qu’la guillotine
 24   Chez nous aussi fonctionne encore.

 25   Etre né sous l’ signe de l’hexagone,
 26   C’est pas c’ qu’on fait d’ mieux en c’ moment,
 27   Et le roi des cons, sur son trône,
 28   J’ parierai pas qu’il est all’mand.

 29   On leur a dit, au mois d’avril,
 30   À la télé, dans les journaux,
 31   De pas se découvrir d’un fil,
 32   Que l’ printemps c’était pour bientôt,
 33   Les vieux principes du seizième siècle,
 34   Et les vieilles traditions débiles,
 35   Ils les appliquent tous à la lettre,
 36   Y m’ font pitié ces imbéciles.

 37   Ils se souviennent, au mois de mai,
 38   D’un sang qui coula rouge et noir,
 39   D’une révolution manquée
 40   Qui faillit renverser l’Histoire,
 41   J’ me souviens surtout d’ ces moutons,
 42   Effrayés par la Liberté,
 43   S’en allant voter par millions
 44   Pour l’ordre et la sécurité.

 45   Ils commémorent au mois de juin
 46   Un débarquement d’Normandie,
 47   Ils pensent au brave soldat ricain
 48   Qu’est v’nu se faire tuer loin d’ chez lui,
 49   Ils oublient qu’à l’abri des bombes,
 50   Les Francais criaient «Vive Pétain»,
 51   Qu’ils étaient bien planqués à Londres,
 52   Qu’y avait pas beaucoup d’Jean Moulin.

 53   Etre né sous l’ signe de l’hexagone,
 54   C’est pas la gloire, en vérité,
 55   Et le roi des cons, sur son trône,
 56   Me dites pas qu’il est portugais.

 57   Ils font la fête au mois d’ juillet,
 58   En souv’nir d’une révolution,
 59   Qui n’a jamais éliminé
 60   La misère et l’exploitation,
 61   Ils s’abreuvent de bals populaires,
 62   D’ feux d’artifice et de flonflons,
 63   Ils pensent oublier dans la bière
 64   Qu’ils sont gourvernés comme des pions.

 65   Au mois d’août c’est la liberté,
 66   Après une longue année d’usine,
 67   Ils crient: «Vive les congés payés»,
 68   Ils oublient un peu la machine,
 69   En Espagne, en Grèce ou en France,
 70   Ils vont polluer toutes les plages,
 71   Et par leur unique présence,
 72   Abîmer tous les paysages.

 73   Lorsqu’en septembre on assassine,
 74   Un peuple et une liberté,
 75   Au cœur de l’Amérique latine,
 76   Ils sont pas nombreux à gueuler,
 77   Un ambassadeur se ramène,
 78   Bras ouverts il est accueilli,
 79   Le fascisme c’est la gangrène
 80   À Santiago comme à Paris.

 81   Etre né sous l’ signe de l’hexagone,
 82   C’est vraiment pas une sinécure,
 83   Et le roi des cons, sur son trône,
 84   Il est français, ça j’en suis sûr.

 85   Finies les vendanges en octobre,
 86   Le raisin fermente en tonneaux,
 87   Ils sont très fiers de leurs vignobles,
 88   Leurs «Côtes-du-Rhône» et leurs «Bordeaux»,
 89   Ils exportent le sang de la terre
 90   Un peu partout à l’étranger,
 91   Leur pinard et leur camenbert
 92   C’est leur seule gloire à ces tarrés.

 93   En Novembre, au salon d’ l’auto,
 94   Ils vont admirer par milliers
 95   L’ dernier modèle de chez Peugeot,
 96   Qu’ils pourront jamais se payer,
 97   La bagnole, la télé, l’ tiercé,
 98   C’est l’opium du peuple de France,
 99   Lui supprimer c’est le tuer,
 100   C’est une drogue à accoutumance.

101   En décembre c’est l’apothéose,
102   La grande bouffe et les p’tits cadeaux,
103   Ils sont toujours aussi moroses,
104   Mais y a d’ la joie dans les ghettos,
105   La Terre peut s’arrêter d’ tourner,
106   Ils rat’ront pas leur réveillon;
107   Moi j’ voudrais tous les voir crever,
108   Étouffés de dinde aux marrons.

109   Etre né sous l’ signe de l’hexagone,
110   On peut pas dire qu’ca soit bandant
111   Si l’ roi des cons perdait son trône,
112   Y aurait 50 millions de prétendants.